Biographie de l’iconographe Père Grégoire Krug

Le moine orthodoxe Grégoire Krug
est un célèbre peintre d'icônes russes


Les peintres d'icône, souvent appelés iconographes, car ce terme provient du grec ancien ikon : image, et graphein : écrire.


Le Père Grégoire Krug, dans la vie Gueorguiï Ivanovitch Krug, est né le 23 décembre 1906/ 5 janvier 1907 en Russie à St Petersbourg dans une famille d'un industriel d’origine suédoise.
Sa mère était orthodoxe (née à Mourom, nom de jeune fille Souzdalsteva) mais son père était protestant et le jeune garçon est élevé dans la foi luthérienne.


Entre 1916-1917 il fait ses études au lycée K.Mai de St Petersbourg. En 1921 la famille déménage en Estonie. Le garçon étudie l'art graphique auprès du professeur G.G.Rheindorf (de 1926 à 1928) et reçu parmi les meilleurs à l'école des Arts appliqués de Tallinn. Deux de ses eaux-fortes peintes pour l'exposition de fin d'études sont alors acquises par le musée de la ville de Tartu. Il poursuit les études de peinture dans la classe du professeur Rink à l’école privée d’Arts graphiques « Pallas ».
Gueorguiï étudie parallèlement la musique classique ayant hérité de sa mère une oreille parfaite (la presse souligne à l'époque son interprétation de J.S. Bach).


Il est attiré par la vie spirituelle et intègre l'Association des Etudiants Chrétiens Russes en Estonie. A 19 ans sous l'influence de ses rencontres avec l'archiprêtre Lev Liperovsky du monastère de la Dormition de la Mère de Dieu de Pétchory de Pskov, il se convertit à l'orthodoxie (1926).


En 1931 il part à Paris pour perfectionner ces techniques artistiques auprès de N.D.Milioti avec un groupe d’étudiants de l'Académie Russe de Peinture qui avait dû fermer à ce moment là à cause de problèmes financiers. C'est alors qu'il fait la connaissance avec Léonide Ouspensky, iconographe et théologien russe, dont il gardera en amitié jusqu'à la fin de sa vie.

Les années 30 apportent à Gueorguiï beaucoup de rencontres artistiques, il participe à des studios à Granville auprès de K.A. Somov, fait la connaissance des peintres d'avant garde N.Goncharova et M.Larionov. Ces dessins et études de ce période sont conservés au musée Ashmolean d' Oxford. Il peint de paysages des environs de Paris, de dessins de vieilles églises, d'un cycle d'aquarelles pour illustrer «Le Nez» de N.Gogol, de panneaux décoratifs (peints avec Goncharova ).


A cette époque-là il est attiré par la peinture religieuse orthodoxe et prend des cours de l’iconographie à l'association «Icône» avec le professeur P.A. Fiodorov. Il cherche également des conseils auprès de la sœur Ioanna (Y.N. Retlinger), Soeur Jeanne Reitlinger à l'Institut Saint-Serge. Il devient membre de la fraternité St Photius à Paris dirigée par V.N. Lossky. Parmi les objectifs de cette association figurait la propagation de l'orthodoxie en France et l'étude de la théologie orthodoxe.


De 1934 à 1959 Krug est membre actif de l'association « Icône » qui rassemble des peintres d'icônes et des chercheurs dans ce domaine. En 1935 avec l'aide d'Ouspensky, il participe à la 1ère étape de la peinture des fresques de l'église des Trois Saints Heriarques à Paris. A la fin des années 30 il peint avec Ouspensky la chapelle de la Protection de la Vierge dans une ferme russe à Grosrouvre. Cette chapelle a disparu, son iconostase et ses peintures murales sont connues grâce aux photos d'archive de Léonide A. Ouspensky.

A la fin de l'occupation de Paris, Krug traverse une profonde crise spirituelle et créative. A la fin de la guerre il s'installe à Vanves auprès de l'église de la Ste Trinité où il est lecteur et chantre, à cette époque il peint de petites icônes pour des particuliers. En 1945-46 il travaille dans l'atelier d'Ouspensky. En 1948 suivant les conseils du recteur de la paroisse de Vanves et de son père spirituel, le père Serge (Chevitch), il prend l'habit et le nom de Grégoire (en l'honneur de l’iconographe Saint Grégoire de la Laure de Kiev). Après la prise d’habit il s’installe à l'ermitage du St Esprit au Mesnil St Denis.


              


L'apogée de son talent d’iconographe est intimement lié à la plénitude de sa vie monastique. La peinture d'icônes devient sa raison d'être et une forme de prière.

Ses oeuvres les plus importantes sont les iconostases de la Ste Trinité à Vanves (début des années 50), celle de l'église de l'Esprit Saint (dans la maison de Berdiaeff) à Clamart, les fresques et l'iconostase de l'église des Trois Saints Hiérarques à Paris (de 1959 à 1961 avec Ouspensky), les iconostases des églises de St Séraphin de Sarov à Montgeron (1960-62) et l'iconostase de l'église de Notre-Dame Joie des Affligés à Noisy-le-Grand (transférée actuellement à la Monastère de Notre Dame du Signe à Marcenat (en Auvergne)) et les fresques de l'église de Notre Dame de Kazan à Moisenay (1964-1966). Les travaux les plus tardifs de l’œuvre du Père Grégoire sont les iconostases d'une communauté orthodoxe monastique en Aveyron (maintenant se trouvant à La Haye en Hollande dans l'église Ste Marie-Madeleine) et dans la chapelle d'une maison de vacances d'enfants russes à Hauteville-Sur-Mer.

L’œuvre la plus importante de sa vie sont les fresques de l'église du Saint Esprit de Le Mesnil Saint Denis qui ont connus énormément de retouches et d'améliorations à partir du début des années 50 jusqu'à 1968. On trouve également des icônes du Père Grégoire Krug dans le monastère St Jean Baptiste près de la vile de Maldon en Angleterre, dans des églises en Italie, en Hollande, aux Etats-Unis.




Parmi les six icônes que le Père Grégoire a envoyés en Russie il y a celle de saint Spyridon de Trimythonte honoré dans l'église de la Sainte Trinité sur les Monts des Moineaux à Moscou, l’icône de Notre-Dame de Kazan, qui se trouve dans le cabinet archéologique de l'Académie de théologie de Moscou. On recense plus de 450 oeuvres de l’iconographe Grégoire Krug dont les certaines icônes des saints qui n’ont jamais été représentées dans l'iconographie russe : les saints
de la Gaule tels que St Denis et Ste Geneviève de Paris, l'icône « Les églises de Paris » (1945 avec Ouspensky) ainsi que la première icône de St André Roublev (vers 1968 avec I.A.Kulev) et beaucoup d’autres.



De nombreuses notes de Père Grégoire ont été rassemblées et publiées après sa mort en 1983 dans le livre "Carnets d'un peintre d'icônes" dont l’écriture est extrêmement lumineuse. L’œuvre du moine Grégoire peut être considéré comme l'expression de son expérience dans sa vie de la Transfiguration du Christ au mont Thabor. Certaines de ses fresques de par leur ferveur, leur clarté et leur transparence sont proches des fresques de Théophane le Grec (iconographe russe d'origine byzantine, maître d'Andreï Roublev). Dans les oeuvres du père Grégoire on ressent un mélange assuré des canons de l'iconographie avec le langage d'une peinture contemporaine qui reflète l'expérience d'un homme du 20ème siècle, témoin des évènements tragiques de l'histoire mondiale.





Le père Grégoire est enterré à l'ermitage du Mesnil-Saint-Denis près de l'autel qu'il a lui-même peint.




Texte de M.B.
D'après:
V.N. Serguiev, l’article « Grégoire Krug » dans « Encyclopédie orthodoxe », le tome 12, Moscou, 2006 (source principale)
G.I. Vzdornov, Zalesskaia Z.E., Lelekova O.V. L'association « Icône » Paris (en 2 tomes) –Paris : Progrès-Tradition, 2002, T.1 p. 232-248.